Phare de la Canche - 1951

Les premiers phares du Touquet alignés dans les dunes
Les premiers phares alignés dans les dunes

Premiers phares à la pointe du Touquet pour moins de naufrages 

Après la liste ininterrompue de naufrages survenus dans l'estuaire de la Canche et l'augmentation constante de la navigation dans le détroit de la Manche, les deux petits feux d'une douzaine de mètres de hauteur espacés de 23 m, en fonction depuis 1801 pour signaler l'embouchure du fleuve, ne suffisent plus. Le projet de doter la dangereuse pointe du Touquet d'un signal puissant devenu vital pour la navigation et la construction de deux phares est décidée en 1845, bien avant que la future station de Paris-Plage ne soit imaginée. Il faudra toutefois six années d'études et de travaux, à partir de 1845, pour que les deux phares de 54 mètres de hauteur puissent enfin remplir leur fonction en 1851.

Le phare Nord et le phare Sud du Touquet-Paris-Plage, avant la guerre
Le phare Nord et le phare Sud, avant la guerre

Deux phares en un 

En attendant de disposer de la technique des phares à éclats qui permettaient, comme leur nom l’indique, de renvoyer des éclats de lumière à intervalles définis et donc d’émettre des signaux codés, facilement différenciables, la solution retenue pour rendre le phare du Touquet repérable des autres phares du secteur fut de créer un signal double à partir de deux feux fixes. Pour se faire, on construisit deux tours jumelles alignées sur un axe Nord-Sud, disposées à une distance de 250 m l’une de l’autre, pour porter les deux feux fixes associés. Jusqu'en 1900, ces derniers  ont émis simultanément leurs signaux respectifs dont le duo permit la différence marquante avec les signaux des phares du Gris Nez, de Berck et de l'Ailly, notamment.

Les lentilles de Fresnel du phare de la Canche
Les lentilles de Fresnel du phare de la Canche

Du phare double au phare simple

Après l’invention de l'électricité, la recherche en matière d'optique offre aux phares une nouvelle ère. La lentille de Fresnel, mise au point par le physicien français du même nom en 1822, permet aux phares d’être visible beaucoup plus loin. Ces lentilles innovantes, composées d’anneaux de verre concentriques, permettent de concentrer la lumière émise et d’en décupler la portée. En 1900, le Service National des Phares et Balises de France (voir l’inscription PB au dessus de l’entrée) décide de doter le phare Sud de la nouvelle technologie du phare à éclats. Le 15 juillet 1900, Le Touquet émet pour la première fois le signal d’identification qu’on lui connaît aujourd’hui, composé de 2 éclats blancs groupés toutes les 10 secondes. Le phare Nord devenu inutile est alors éteint.

Destruction des anciens phares du Touquet pendant la guerre
Destruction des anciens phares

La fin des premiers phares

Le 2 septembre 1944 les deux tours sont détruites par les troupes d’occupation allemandes au moyen de charges explosives. Dès octobre 1944, on place un feu de signalisation au sommet du beffroi de l’Hôtel de Ville, pour les besoins de la navigation. Ce dernier signalera la pointe du Touquet jusqu’à la construction et la mise en service du nouveau phare.

L'architecet Louis Quételart
L'architecte Louis Quételart

Le nouveau phare

En 1947 le directeur du Service National des Phares et Balises confie à l’architecte Louis Quételart l'étude du projet de construction d’un nouveau phare. Les travaux commencent en 1948 et le phare est allumé en septembre 1951.

Le phare sera considéré par l'architecte comme le fleuron de sa carrière de bâtisseur, en complément des nombreuses villas touquettoises qui firent sa renommée.

Le phare de la Canche au milieu des villas touquettoises, expression de l'élégance de Paris-Plage
Le phare de la Canche au milieu des villas touquettoises, expression de l'élégance de Paris-Plage
Le nouveau phare du Touquet-Paris-Plage
Le nouveau phare du Touquet

Un phare qui ne laisse pas indifférent

Le phare du Touquet culmine à 5,6m et comporte 274 marches. Il fait aujourd’hui partie des phares classés de France ouverts aux visiteurs parmi les plus élevés. La structure de la tour, destinée à assurer la stabilité de l’édifice, est construite en béton. Les parois sont réalisées en briques dures, doublées d’un parement extérieur et intérieur de briques orangées. La forme octogonale garantit l’aérodynamisme contre la prise aux vents, tandis que la forme concave des faces est le fruit d'une recherche d'élégance, en lien avec le choix de contraste des matériaux (pierres blanches et briques orangées). Cet esprit de fantaisie élégante constitue la signature de l’architecte Louis Quételart que l'on retrouve sur chacune de ses  nombreuses oeuvres architecturales, des villas touquettoises au phare de la Canche, en passant par le mobilier urbain. Le palmarès remarquable de l'illustre architecte fait aujourd'hui encore la fierté du Touquet-Paris-Plage qui peut s'enorgueillir d'être resté l'une des plus élégantes stations balnéaires d'Europe. Enfin, le parement de couleur brune sur la partie supérieure de la tour est destiné à former une bande de signalisation de 4 m de hauteur.

L'optique double de la lanterne du phare de la Canche
L'optique double de la lanterne du phare

Le signal lumineux du phare actuel est émis avec le matériel optique de l’ancien phare Sud qui avait pu être mis à l’abri avant la destruction des deux tours organisée par les Allemands. Avec cette technologie, appliquée dans tous les phares du monde, le signal du Touquet est visible jusqu’à une cinquantaine de kilo- mètres par temps clair. Le système optique du phare de la Canche est double. Il se compose de deux lampes alignées dont la rotation est assurée par un plateau tournant posé sur une cuve à mercure. La performance des lentilles de Fresnel est, comme dans tous les phares modernes, responsable de la puissance et de la portée de la lumière. La lanterne du phare de la Canche émet un signal lumineux visible jusqu'à près de 50 km en utilisant des ampoules de seulement 250 W. L’allumage et l’extinction du phare s’est fait manuellement jusqu’à son automatisation, en 1990, après le départ du dernier gardien. Aujourd’hui les phares automatisés, comme les lampadaires de Paris, se déclenchent au moyen d’une cellule jour-nuit qui réagit en fonction de l’intensité lumineuse du moment et n’a donc pas besoin d’être programmée à un horaire défini. Les pannes d’ampoule sont compensées par un système automatique d’ampoules de rechange et les pannes de courant par le déclenchement d’un groupe électrogène de secours.

Le phare de la Canche au coeur de la ville du Touquet-Paris-Plage
Le phare de la Canche au coeur de la ville

Un phare dans la ville

La position du phare de la Canche, situé à 800 m de la plage actuelle, peut surprendre par son éloignement relatif de la mer. Cette situation insolite s'explique par l'évolution du trait de côte qui a considérablement reculé au cours des 160 dernières années, sous l'effet de la progression des dunes et de l'allongement de la pointe du Touquet. Le phare d'aujourd'hui se trouve donc deux fois plus éloigné de la mer que ne l'ont été les anciens phares.

Le blason du Touquet-Paris-Plage
Le blason du Touquet-aris-Plage

Fiat Lux, Fiat Urbs, de la lumière des phares à Paris-Plage 

Territoire vierge, inhabité et inhospitalier, la pointe du Touquet s'est animée grâce aux premiers phares, avec l'arrivée de leurs gardiens accompagnés de leurs familles. Les phares avaient donc fourni la lumière et les premiers habitants des lieux. Le projet d'édifier une ville autour de ces deux monuments symboliques est né par la suite sur l'idée de relation entre la lumière et la vie. De ce cheminement découle la devise de la ville : puisque la lumière avait été faite sur ce territoire isolé du monde, avec les premiers phares, alors que la ville soit, en latin : Fiat Lux, Fiat Urbs » et que cette nouvelle cité devienne à son tour source de lumière. C'est donc conformément à cette symbolique que l'image du phare sur le blason de la ville rappelle le rôle de ces édifices générateurs de lumière dans la genèse de Paris-Plage.

La forêt et les villas du Touquet-Paris-Plage vues du haut du phare
La forêt et les villas du Touquet-Paris-Plage vues du haut du phare

Une forêt résidentielle au pied du phare

Le territoire du Touquet-Paris-plage est aujourd’hui encore marqué par un caractère fortement boisé. Cette forêt, devenue résidentielle, est artificielle. Elle fut plantée par l’homme, sous l’impulsion du notaire parisien Alphonse Daloz, qui, après l’échec de plusieurs tentatives agricoles sur les terres dunaires incultes de son domaine, opta pour la sylviculture, à l’instar de la forêt landaise. Le boisement du territoire s’étala de 1855 à 1865. Les nombreux pins maritimes à la croissance rapide offrirent un aspect séduisant dès 1864. A cette époque, les chasses à courre se multiplièrent, rassemblant des personnalités venues de Paris et de Londres. De ces rencontres, il en est une marquante pour l’histoire du Touquet, celle de Hyppolite de Villemessant, directeur du Figaro de l’époque avec Alphonse Daloz, lors de laquelle germa l'idée de bâtir Paris-Plage.

La naissance de Paris-Plage, sur le projet d'Hyppolite de Villemessant
La naissance de Paris-Plage, sur le projet d'Hyppolite de Villemessant

Une ville surgit des dunes entre mer et forêt

On retient le nom de Hyppolite de Villemessant comme l’inventeur de Paris-Plage. Il eut en effet le mérite d’amener son ami Daloz à prendre conscience de l’extraordinaire potentiel du territoire du Touquet et de lancer le projet d’une station balnéaire destinée à surpasser Deauville, déjà lancée. Il disparaîtra avant de voir le projet se concrétiser, mais Alphonse Daloz mènera ce dernier jusqu’au bout et lancera en 1880 le premier lotissement, embryon du Touquet-Paris-Plage. Dès 1882 les premiers chalets sont apparus, alors que la future ville n’acquit le statut de commune indépendante qu’en 1912, le temps de grandir et de légitimer son indépendance vis-à-vis de la commune de Cucq dont le territoire du Touquet faisait originellement partie.

La ville aujourd'hui vue de la plate forme panoramique du phare
La ville aujourd'hui vue de la plate forme panoramique du phare