Le projet de Mayville

John Whitley

John Robinson Whitley
John Robinson Whitley

John Whitley, un industriel anglais qui voulut trans- former Le Touquet-Paris-Plage

John Robinson Whitley est un industriel anglais originaire du Yorkshire, né en 1849. Diplômé de plusieurs universités d'Europe, il débuta sa carrière associé avec son père pour créer des sociétés industrielles européennes et américaines. Il lancera par la suite à Londres un nouveau concept d'expositions industrielles destinées à présenter le savoir-faire des industries de différents pays, avant de s'intéresser à l'urbanisme balnéaire et de venir proposer au Touquet les idées novatrices qui avaient fait la renommée des stations du sud de l'Angleterre.

Le projet d'une ville de luxe

Le dessin du projet urbanistique de Mayville présenté en 1894 par John Whitley
Le dessin du projet urbanistique de Mayville présenté en 1894 par John Whitley

Mayville, le projet d'une ville de luxe

John Whitley arrive au Touquet-Paris-Plage en 1894 avec l'idée de faire de la station une ville de luxe, capable de rivaliser en urbanisme et en richesses architecturales avec les villes et les stations les plus élégantes du monde. Il commence par acheter aux héritiers de Jean-Baptiste Daloz un lot de terrains situés en front de mer. Puis il crée en 1895, la "Mayville Company Ltd". Cette société de gestion immobilière est soutenue par un comité de plus de cinquante membres parmi lesquels d'importantes personnalités, telles que Louis Pasteur, Sarah Bernhardt et le Duc de Morny  jouent de leur influence. John Whitley fait donc connaître son projet de création d'un nouveau lotissement qu'il a baptisé Mayville et dont il avait commandé les plans à l'architecte de renom Charles Garnier, auteur de l'opéra de Paris. Des plans et notamment un dessin édifiant sont présentés pour convaincre la population de l'élégance et de la rationalité du projet.

Le plan de Mayville proposé par John Whitley, refusé par la population locale en 1894
Le plan de Mayville proposé par John Whitley, refusé par la population locale en 1894

Les plans et les dessins de Mayville ne convainquent pas et le projet avorte.

L'industriel anglais, convaincu de la valeur de son projet, avait cependant sous estimé l'anglophobie conservatrice qui régnait à l'époque sur le territoire. Bien loin de recevoir l'attention qu'il mérite, le rêve de Mayville est aussitôt balayé par une farouche offensive de pétitions organisée par des habitants qui fabulent sur le danger de colonisation anglaise. Le message est clair : Paris-Plage n'acceptera pas de se faire dicter son avenir par un étranger débarqué d'outre-Manche. La population ne voit pas en "Mayville" le projet de valorisation et d'agrandissement de sa cité, mais uniquement l'installation d'un fief anglais qui, de par son importance et ses velléités séductrices, viendrait voler le pouvoir aux autochtones, livrer une concurrence étrangère malsaine et dicter ses lois au petit Paris-Plage déjà installé près de l'embouchure de la Canche. John Whitley est donc forcé d'abandonner son projet. Il décide alors de quitter les lieux et de se rabattre sur Hardelot dont il achète le château. Bien que mieux accueilli sur ce nouveau territoire et satisfait de contribuer au développement de cette autre station balnéaire de la côte d'Opale, il rêve toujours de Mayville. Lorsque le destin lui rouvre les portes de la Canche, il saisit la chance de revenir au Touquet. En effet, le 16 décembre 1902, 1100 hectares de terrains dunaires sont mis en vente aux enchères par les héritiers Daloz. Or la volonté conservatrice des habitants n'a pas changé. Un groupe de propriétaires se constitue en société et parvient à réunir la somme de 800 000 F. Confortés par la hauteur de leur plafond d'enchère, les "résistants" Paris-Plageois pensent remporter la vente et conserver les terrains. Mais c'était sans compter sur l'opiniâtreté de l'homme d'affaire anglais dont les moyens et les relations permettront une victoire inattendue. Soutenu par l'avance de son ami banquier, Allen Stoneham, John Whitley réussit à acquérir les 11000 hectares pour la somme de 870 000 F. Les deux hommes créeront ensemble "Le Touquet Syndicate Ltd" pour administrer les terrains. Oubliant ses débuts tumultueux avec la population locale, John Whitley fera beaucoup pour le développement du Touquet et travaillera en bonne intelligence avec les habitants et les pouvoirs locaux.

L'héritage du projet de Mayville

Hier le rêve de Mayville et le vi-à-vis imaginé de 2 églises catholique et protestante
Hier le rêve de Mayville et le vis-à-vis imaginé de 2 églises catholique et protestante
Aujourd'hui le face de l'hôtel de ville et de l'église du Touquet-Paris-Plage rappelle l'inspiration du projet de Mayville de John Whitley
Aujourd'hui le face de l'hôtel de ville et de l'église rappelle l'inspiration de Mayville

L'avenue Jean Monnet, un axe entre la forêt et la mer

La perspective de l'avenue Jean Monnet  formant un axe menant à la mer rappelle l'idée du grand projet de Mayville, bien que l'avenue soit antérieure au projet. Au moment ou le terrain face à l'église fut acquis et réservé par la municipalité de Paris-Plage, 20 ans avant la construction de l'hôtel de ville, la symétrie formée par les deux édifices a pu cependant être inspiré par le face-à-face des deux églises catholique et protestante, imaginées par John Whitley pour offrir aux deux communautés française et britannique des lieux de culte de même ampleur. Le jardin d'Ypres quant-à lui fut réalisé à la place de la gare ferroviaire, qui devait, dans le projet de Mayville, amener le train de Paris jusqu'à la nouvelle station. On note par ailleurs que la perspective vers la mer ouverte par l'avenue Jean Monnet sera respectée, en concevant le marché couvert avec une arche, permettant de garder l'ouverture vers la plage.