Digue Ridoux - 1905

La digue Ridoux avant la 1ère guerre, perspective vers le nord et la baie de Canche au fond
La digue Ridoux avant la 1ère guerre
La digue Ridoux aujourd'hui, coupée de la plage
La digue Ridoux aujourd'hui

Une côte en perpétuel mouvement

La courbe naturelle de la presqu'île du Touquet, créée par l'orientation nord-est de la laisse de mer
La courbe naturelle de la presqu'île du Touquet, créée par l'orientation nord-est de la laisse de mer

La particularité du territoire du Touquet est la fluctuation de son rivage. Le trait de côte de la partie méridionale de la "côte d'Opale" se caractérise par son tracé rectiligne et son orientation Nord-Sud. Cependant, L'estuaire de la Canche, comme les autres estuaires picards, marque une rupture sur ce trait de côte en formant la pointe du Touquet, dont l'ancien nom picard "Touque", repris pour nommer la station du Touquet-Paris-Plage, évoque le "tournant" ou bien encore "l'angle" que le littoral décrit en arrivant sur l'embouchure du fleuve Canche. Cette situation morphologique est le fruit d'une dynamique des vents et des courants marins qui déplacent sans cesse le trait de côte de par la formation successive de nouvelles dunes. De décennies en décennies, la mer s'est donc éloignée de la ville, la plage s'est élargie et les dunes ont pris inexorablement de la hauteur, supprimant progressivement les perspectives maritimes depuis la ville.

Parc de l'estuaire : le cordon dunaire qui isole aujourd'hui l'ancien quartier Ridoux de la mer
Parc de l'estuaire : le cordon dunaire qui isole aujourd'hui l'ancien quartier Ridoux de la mer

Le sable allié et ennemi de toujours

Contrairement à bien des endroits du littoral français, au Touquet, la mer n'est pas la menace naturelle directe. La ville a plus à craindre de la progression des dunes et de l'ensablement que des assauts de la mer. La raison en est simple : si les cordons dunaires sans cesse renouvelés sont difficilement maîtrisables en raison de leur mobilité et de leur déplacement, ils forment en revanche la meilleure barrière naturelle contre la montée des eaux lors des grandes marées et des tempêtes.

L'histoire des digues du Touquet, une course à la mer

Course à la mer, course en sac, sur la digue Ridoux, on courait toujours!
Course à la mer, course en sac, sur la digue Ridoux, on courait toujours!

Le quartier Ridoux

Paul Alexandre Ridoux, architecte arrageois né en 1867 à St Omer et Touquettois de coeur, avait fait,  en 1901, l'acquisition  de 22 ha de lais de mer. Le projet était alors d'étendre Paris-Plage et, pour se faire, de bâtir un nouveau quartier, formé par une rangée de villas et d'élégants chalets implantés le long d'une digue promenade longeant la plage. Cette réalisation sera le premier espace balnéaire réalisé, dans l'ordre historique de la station.

Monsieur Ridoux (à droite) au pied de la digue qui porte son nom
Monsieur Ridoux (à droite) sous la digue qui porte son nom

La digue Ridoux, un ouvrage gommé par la nature

La digue Ridoux porte le nom de son bâtisseur. Elle longeait le front de mer de l'actuel boulevard Thierry Sabine, mais il ne reste aujourd'hui comme seules traces qu'une portion d'une cinquantaine de mètres à l'extrémité sud du boulevard, en bordure du parc de l'estuaire.  Cet ouvrage de pierres et de briques, commencé en 1903 et achevé en 1905, dominait la plage de 3,75 m. Il devait protéger les nouvelles habitations de la mer et former une esplanade piétonne de 20 m de large  et de 500 m de long, partant de l'entrée de la baie de Canche et suivant la laisse de mer. Son existence sera remis en question par les lois de la nature.

La digue Ridoux proche de l'ensablement, la montée du sable après la 1ère guerre
La digue Ridoux proche de l'ensablement, la montée du sable après la 1ère guerre

L'inévitable ensablement de la digue Ridoux

L'existence de la digue Ridoux sera finalement courte et la nature aura tôt fait de rappeler à l'homme qu'il n'est pas maître de ce territoire sauvage qu'il avait voulu dompter. En 1910, seules les grandes marées permettent encore à la mer de venir lécher la digue et quatre ans plus tard l'ouvrage commence à disparaître sous la progression des dunes, jusqu'à l'ensevelissement total.

Le boulevard de la mer avant la construction de la digue-promenade de 1922
Le boulevard de la mer avant la construction de la digue-promenade de 1922

Les hommes s'adaptent à la transforma- tion naturelle de leur territoire

Afin de permettre à la ville de continuer d'épouser l'arc naturel de la plage, une digue-promenade est construite dans le prolongement de la digue Ridoux. Conçue par le même architecte, elle suivait la laisse de mer, selon le même principe que le premier ouvrage. L'esplanade ainsi conçue a remplacé les dunes qui, au temps de la digue Ridoux,  bordaient le boulevard de la mer et la ligne des chalets du front de mer. Elle permit de recréer un vaste espace de promenade devant la ville et de récupérer l'horizon marin que le quartier Ridoux avait perdu.

La digue-prmenade en 1922, prolongement de la digue Ridoux
La digue-prmenade en 1922, prolongement de la digue Ridoux

La digue-promenade supérieure

Située aujourd'hui en retrait de la mer et surplombant la digue inférieure des cabines et des patios, la digue-promenade qui avait prolongé l'arc Ridoux, fut inaugurée en 1922. Elle devint très vite la mythique promenade de Paris-Plage arborée par les élégantes des années folles qui venaient honorer les rendez-vous mondains de l'entre-deux-guerres.

L'arc éphémère formé par la digue Ridoux et la digue-promenade
L'arc éphémère formé par la digue Ridoux et la digue-promenade

Une ville qui avance sur la mer au rythme dicté par le sable

La photo ci-dessus est édifiante. Elle montre la situation du Touquet vers 1950 et permet de comprendre l'histoire de la façade maritime de la station. La digue Ridoux et la digue-promenade forment un arc. Les dunes ont isolé le quartier Ridoux de la mer , alors que les premières cabines de plage ont été avancé dans l'alignement du nouveau trait de côte. La célèbre piscine de Paris-Plage fraîchement construite a pris place sur le nouvel espace laissé par le sable, devançant la nouvelle digue de 1960 qui avancera jusqu'à la ligne des cabines pour les supplanter au sein d'une seule et même structure. 

Nouveau sentier pédestre traverçant la pinède du parc de l'estuaire
Nouveau sentier pédestre traverçant la pinède du parc de l'estuaire

La plantation d'une pinède pour protéger le quartier Ridoux

En 1956, le niveau d'ensablement est tel que non seulement la première digue Ridoux avait entièrement disparu, mais le sable, qui avait formé une zone dunaire de 70 m de large devant la ville et de 300 m de large à l'extrémité nord du Quartier Ridoux, menaçait à présent directement la ville. On décida d'entreprendre une vaste opération destinée à enrayer le phénomène. La plantation d'oyats permit de stopper la progression du sable et la plantation d'une pinède le long de l'actuel boulevard Thierry Sabine permit de fixer définitivement la dune et de protéger la promenade du boulevard et son quartier.

La pinède préservant jadis le quartier Ridoux de l'ensablement protège aujourd'hui le boulevard Thierry Sabine
La pinède préservant jadis le quartier Ridoux de l'ensablement protège aujourd'hui le boulevard Thierry Sabine
Entre le boulevard Thierry Sabine et la plage, des dunes de plus en plus hautes
Entre le boulevard Thierry Sabine et la plage, des dunes de plus en plus hautes

La fixation des dunes eut pour effet de favoriser l'élévation du cordon dunaire et la naissance d'un paysage neuf, coupant l'ancien quartier Ridoux et Quentovic définitivement de la mer. Aujourd'hui, cette vaste zone dunaire intercalée entre la ville et la plage a subi un programme de préservation et de valorisation de l'environnement.

La nouvelle promenade longeant l'ancien quartier Ridoux, à travers le parc de l'estuaire
La nouvelle promenade longeant l'ancien quartier Ridoux, à travers le parc de l'estuaire

 

Sentier d'accès à la plage reliant le boulevard Thierry Sabine à la plage
Sentier d'accès à la plage reliant le boulevard Thierry Sabine à la plage

Le parc de l'estuaire couvre aujourd'hui le massif dunaire qui s'étend devant l'ancien quartier Ridoux. Il offre un réseau de sentiers de découverte à travers dunes et pinède, de la digue Nord jusqu'à la baie de Canche. Il est également traversé de sentiers d'accès à la plage qui permettent de franchir l'imposant cordon dunaire qui sépare la ville de la plage.

Photo aérienne des années 1960 : la route en corniche offrait une vue panoramique sur la plage, formant une corniche dans les dunes, comme son nom l'indique
Photo aérienne des années 1960 : la route en corniche offrait une vue panoramique sur la plage, formant une corniche dans les dunes, comme son nom l'indique
Promenades piétonnes et cyclabes sur la route en corniche, aujourd'hui nichée au creu des dunes
Piétonne et cyclabe la route en corniche aujourd'hui nichée au creux des dunes

Un scénario qui se répète inlassable- ment, la "route en corniche"

Créée en 1963 pour longer la mer et offrir la vue spectaculaire sur la plage que la digue Ridoux avait perdue, la route dite "en corniche" se trouve aujourd'hui à son tour totalement isolée de la mer par un nouveau cordon dunaire. Sa nouvelle version piétonne et cycliste offre aujourd'hui l'attraction des dunes sau- vages du parc de l'estuaire, bien qu'elle n'ouvre plus aucun point de vue sur la mer, à l'exception des belvédères aménagés à ses extrémités nord et sud.

Dernier acte de la course à la mer, la nouvelle digue

Vue aérienne de 1960 sur la nouvelle digue
Vue aérienne de 1960 sur la nouvelle digue

Une course à la mer salvatrice qui permit d'agrandir la ville!

Au lendemain de la seconde guerre, le rivage, suite à l'accumulation du sable, se trouve éloigné d'environ 70 m de sa digue promenade d'avant guerre. Le maire reconstructeur du Touquet après les 6 années de destruction, Jules Pouget, fait alors construire en contre bas de l'ouvrage précédent, une nouvelle digue promenade, celle des cabines et des patios, appelée souvent "digue basse", notre bord de mer d'aujourd'hui. Le projet, conçu par les architectes Pierre et Louis-Michel Quételart est inauguré en 1960. Il permettra à la station non seulement de renouer avec sa plage, mais d'exploiter surtout cette nouvelle avancée du territoire sur la mer. Cette situation nouvelle sera en effet une opportunité exceptionnelle pour Paris-Plage qui doit renaître d'adapter ses infrastructures à l'ère nouvelle des années de croissance.

Dans le prolongement de l'ancien quartier Ridoux, la nouvelle digue et ses cabines intégrées
Dans le prolongement de l'ancien quartier Ridoux, la nouvelle digue et ses cabines intégrées

Une nouvelle digue pour une ère nouvelle

Grâce à un nouveau concept d'organisation rationnelle et de rentabilisation de l'espace, la nouvelle digue permettra de répondre au boom automobile et à la popularisation massive des bains de mer en intégrant 1200 places de stationnement et 761 cabines de plage intégrées dans les fondations de la digue. L'intégration de patios permit d'augmenter l'offre de location de cabines et de créer des espaces de jeu et de vie. Le concept de la plage est revu entièrement et s'adapte désormais à l'accueil de foules considérables auxquelles on doit faciliter l'accès et qui doivent trouver des espaces de détente à la mesure de leurs attentes. Les caprices du sable auront finalement contribué à propulser Le Touquet-Paris-Plage dans l'ère du tourisme moderne.