Le port de pêche d'Etaples sur mer

La ville portuaire d'Etaples le long de la Canche avec au 1er plan la forêt du Touquet
Le port d'Etaples le long de la Canche vue du phare, au 1er plan la forêt du Touquet

Les souffrances d'une cité portuaire

Vue aérienne de la ville d'Etaples sur mer située en amont de l'estuaire de la Canche
Vue aérienne de la ville d'Etaples sur mer située en amont de l'estuaire de la Canche

Une histoire mouvementée

Historiquement Etaples est l’une des cités portuaires de nos côtes qui a le plus souffert de la succession des guerres et des invasions que l’Europe a connue. Ce destin semé de tragédies s’impose en effet à ses habitants, bien avant les deux guerres mondiales commémorées au cimetière anglais d'Etaples. Au IXème siècle la cité est pillée et brûlée par les Normands. Au XIVème siècle elle est incendiée par les Anglais, à leur retour victorieux de la bataille de Crécy. Jusqu’au traité d’Etaples signé en 1492 entre l’Angleterre et la France, et destiné à ne pas relancer la Guerre de Cent ans, la ville est plusieurs fois assiégée et brûlée. Au XIXème siècle, sous l’époque napoléonienne, elle est transformée en haut lieu militaire avec le stationnement des troupes du camp de Boulogne prévues le long de la Manche pour envahir l’Angleterre.

Etaples, cité historique des pêcheurs

La visite du Phare de la Canche et de la Maison des Phares, complète celles des musées d’Etaples de Mareis, du Musée de la Marine et du Musée Quentovic , créant un lien thématique entre la pointe du Touquet et le port d'Etaples. Il aborde le monde des pêcheurs et de la navigation dans l’estuaire de la Canche.

Scène de retour de la pêche au port d'Etaples - 1930
Scène de retour de la pêche au port d'Etaples -1930

Le développement de la pêche étaploise au XIXème siècle

C’est à cette même époque que le port d’Etaples renforce son activité économique. En faisant de son objectif principal le développement du port, la pêche devient l’activité économique essentielle de la commune d’Etaples. La croissance démographique augmente, et par la même occasion, la population liée à la mer.

Le quai du port, avant le départ pour la pêche aux harengs
Le quai du port, avant le départ pour la pêche aux harengs

Le XXème siècle, âge d'or de la pêche étaploise

L’activité portuaire connaît une grande prospérité jusque dans les années 1980. Les deux tiers de la population étaploise sont des familles de marins. En 1958, la création de la Coopérative Maritime Etaploise, à l’initiative de Joseph Bigot permet de réduire les coûts et d’améliorer les marges. Malgré le début de la crise, dans les années 1960, liée à l’extension des eaux territoriales britanniques et à la concurrence accrue des importations, Etaples est fière, au début des années 1980, d’avoir la flottille la plus moderne de France, et de devenir un port autonome départemental.

Groupe de pêcheuses aux crevettes
Groupe de pêcheuses aux crevettes
La pêche aux crevettes
La pêche aux crevettes

Les femmes et la pêche

Ainsi, quand les hommes partent en mer pour pêcher, les femmes appelées « Matelotes » s’occupent de la vente du poisson ramené, de la famille, mais également de la pêche aux vers ou aux crevettes grises. Victor Hugo, de passage à Etaples, écrira « Etaples n’est qu’un village, mais un village comme je les cherche, une colonie de pêcheurs installée dans un des plus gracieux petits golfes de la Manche ».

Les dames de Paris-Plage aimaient acheter les crevettes fraiches aux pêcheuses qu'elles croisaient - scène de l'exposition temporaire de la Maison des phares
Les dames de Paris-Plage aimaient acheter les crevettes fraiches aux pêcheuses qu'elles croisaient - scène de l'exposition temporaire de l'été 2012 à la Maison des phares

Hommage aux pêcheuses de crevettes

Du 6 juillet au 19 août 2012, la Maison des Phares a accueilli une exposition temporaire, réalisée  avec l'aide du Musée de la Marine d'Etaples, pour rendre hommage au métier difficile des pêcheuses de crevettes. Ces femmes de pêcheur courageuses partaient à pied du port d'Etaples à travers les dunes pour gagner la plage du Touquet. La pêche se pratiquait par tous les temps, y compris l'hiver. Outre l'épreuve d'endurance que réclamait la méthode de  raclage des fonds, par l'effort de poussée du filet à crevettes en avant, opposée à la résistance des courants, les pêcheuses devaient ensuite faire le trajet en sens inverse jusqu'à Etaples, alourdies par les mannes chargées de crevettes et leurs vêtements imbibés d'eau de mer. Les dames de Paris-Plage appréciaient la remontée des pêcheuses de la plage à travers les rues de la ville où elles pouvaient les croiser et acheter leurs crevettes grises toute fraîches. Hélas, l’odeur nauséabonde de marée qu’elles dégageaient dans leur tenue dégoulinante leur donnait une apparence si peu ragoutante que personne ne voulait les prendre sur la route entre Etaples et Le Touquet. Le retour vers la cité des pêcheurs se faisait inéluctablement à pied, après une pêche qui avait déjà pris toute l’énergie de ces pêcheuses robustes et courageuses.

Un estuaire qui joue contre la pêche

Carte des courbes d'évolution du trait de côte de 1758 à 1956
carte des courbes d'évolution du trait de côte de 1758 à 1956
Photo aérienne de l'embouchure de la Canche
L'estuaire de la Canche aujourd'hui, vue aérienne

Un estuaire qui se transforme

L'observation des courbes de variation du trait de côte montre la rapidité de l'évolution de l'estuaire de la Canche dans l'histoire. La pointe du Touquet n'a cessé de se déplacer vers le Nord depuis 1758, modifiant régulièrement le lit de la Canche. Ces fluctuations ont naturellement eu des incidences sur la navigation. Les bateaux de pêche regagnant le port d'Etaples ou sortant en haute mer ont du, durant le XIXème siècle et le XXème siècle, s'adapter à ces modifications du littoral et prendre garde notamment au déplacement des bancs de sables dans la baie de Canche.

L'ensablement de l'estuaire

Le problème d'ensablement de l’estuaire de la Canche que les hommes tentent de réguler, rend aujourd'hui les bateaux de pêche dépendants du niveau et du coefficient des marées. Ces navires d’une nouvelle génération nécessitent un tirant d’eau plus important et n’ont donc plus la possibilité d’accoster régulièrement au port d’Etaples, indépendamment des mouvements des marées. Seule la plaisance est maintenue de façon permanente.

Accostage occasionnel des bateaux de pêche au port d'Etaples
Accostage occasionnel des bateaux de pêche au port d'Etaples
Etaples, vue d'ensemble du port de plaisance, occupé en permanance
Etaples, le port de plaisance

La flottille de pêche étaploise aujourd'hui basé dans le port de Boulogne
La flottille de pêche étaploise aujourd'hui basé dans le port de Boulogne

La flottille étaploise à Boulogne

Les contraintes techniques pénalisant la remontée de la Canche, dues à la baisse du tirant d'eau du fleuve, ajoutées à des raisons économiques, font qu’aujourd’hui les chalutiers étaplois sont basés au port de Boulogne-sur-Mer. Ce dernier étant un port en eau profonde, il est accessible en permanence pour débarquer la pêche fraîche et chercher un abri en cas de coup de vent.

La tradition maintenue

Le débarquement de la pêche à Etaples est donc devenu rare et purement occasionnel, en fonction du coefficient des marées. Le poisson vendu sur les étals d’Etaples voyage désormais par la route depuis Boulogne qui n’est qu’à 28 km. Néanmoins la cité des pêcheurs a mis tout en oeuvre pour préserver la tradition de la pêche sur ses quais.

Les étals de la vente aux poissons nouvellement réhabilités respectent le charme des quais du port d'Etaples et s'adaptent aux normes du monde moderne - Photo F.Deshamps
Les étals de la vente aux poissons nouvellement réhabilités - Photo F.Deshamps
Gros plan d'un étal de pêche du port d'Etaples  photo F. Deshamps
Gros plan d'un étal de pêche du port d'Etaples photo F. Deshamps

Les étals de pêche, prisés par les étaplois et les touristes adeptes de bonnes recettes de la mer, viennent de faire l'objet d'un programme de réhabilitation complète. Les installations sont désormais modernisées, pour  bénéficier d'espaces et d'équipements adaptés aux normes d'hygiène euro- péennes, dans le respect de la forme d'origine. Ce projet a été cofinancé par le Fond Européen pour la Pêche.

La pêche étaploise, une gestion moderne et responsable

Qualité et tradition maintenues par les équipages des marins-pêcheurs d'Etaples
Qualité et tradition maintenues par les équipages des marins-pêcheurs d'Etaples
La flottille étaploise au quai de Boulogne
La flottille étaploise au quai de Boulogne

Grâce aux Coopératives Maritimes Etaploises (CME), dont les producteurs unis oeuvrent depuis 1958 pour la préservation et la promotion de la pêche artisanale régionale, la flottille étaploise bénéficie de prestations de services complètes qui  valorisent de façon optimale les produits fraîchement pêchés. Les bateaux de pêche étaplois sont ainsi  suivis, accueillis et soutenus quotidiennement. Outre la prise en charge de leur production, ils bénéficient d'un encadrement complet, incluant conseils et prestations de service. 

Chalutier étaplois en mer
Chalutier étaplois en mer
Chalutier étaplois au port de Boulogne
Chalutier étaplois au port de Boulogne

La flottille artisanale CME des pêcheurs d’Etaples-sur-mer représente aujourd'hui une bonne partie de la flottille artisanale de la Côte d’Opale. Elle fournit sa pêche au Port de Capécure de Boulogne-sur-Mer, 1er port de pêche français et 1er Centre Européen de Transformation de produits de la mer. Elle représente 80 bateaux dont le déchargement permet de traiter 8000 tonnes de produits par an, couvrant et dépassant le marché européen.

La pêche étaploise

Les navires effectuent de courtes marées de 24 à 72 heures et fournissent plus de trente espèces différentes de poisson, dont, notamment, cabillaud, merlan, tacaud, chinchard, maquereau, hareng, sardine, bar, barbue, turbot, sole, limande, limande sole, plie (carrelet), rouget barbet, grondin rouge, grondin perlon, dorade grise, roussette, congre, raie ...

Le nettoyage des poissons dans les laboratoires du port de Boulogne
Le nettoyage des poissons dans les laboratoires du port de Boulogne
le filetage à la main effectué par les employés des CME
le filetage à la main effectué par les employés des CME

Le nettoyage manuel des coquilles Saint Jacques
Nettoyage manuel des coquilles Saint Jacques
L'emballage du poisson
Emballage du poisson

Le débarquement de la pêche sur les quais de Boulogne
Le débarquement de la pêche sur les quais de Boulogne

L'exploitation de la pêche

Aussitôt débarqué sur les quais, le poisson est trié, contrôlé et transformé à la main, selon des méthodes traditionnelles, garantes de la qualité du produit. Cette organisation performante de produc- teurs illustre une démarche de pêche durable visant une gestion responsable de la ressour- ce, traduite par la qualité du produit pêché, sa diversité et la modernité des unités de pêche et des outils à terre. La force de la structure est aujourd'hui sa capacité à rassembler, sous une même enseigne labellisée, tous les acteurs de la pêches étaploise, des pêcheurs producteurs, en passant par les unités de transformation et de conservation, jusqu'aux lieux de consommation et de vente directe que sont les poissonneries et les restaurants du groupe, installés sur le port d'Etaples et à Boulogne.

Pêche étaploise : débarquement des coquilles saint Jacques sur les quais de Boulogne
Pêche étaploise : débarquement des coquilles saint Jacques sur les quais de Boulogne
Coquilles Saint-Jacques fruit de la pêche étaploise
Coquilles Saint-Jacques fruit de la pêche étaploise

La pêche à la coquille Saint-Jacques, une grande tradition du littoral étaplois

Les pêcheurs dénommés "coquillards", spécialisés dans le ramassage de la coquille saint Jacques, disposent de navires équipés d'un système de dragues spécifiques, traînées sur le fond, dont les lames métalliques appelés couteaux permettent l'arrachage des coquilles. En moyenne, les bateaux "virent" (remontent) les dragues toutes les heures et demie, ce qui impose des cycles de sommeil très courts pour les marins qui doivent ensuite faire le tri, agenouillés à l'arrière du navire. Ces conditions difficiles et ces contraintes en font un métier particulièrement physique. La réglementation impose aux coquillards de commercialiser des coquilles de 11 cm de diamètre minimum et de rejeter par-dessus bord celles sous la taille exigée. Chaque coquillard a le droit de pêcher 1800 kg par période de vingt-quatre heures, pas plus de quatre fois par semaine.

La construction navale traditionnelle du port d'Etaples

La grue portique du chantier naval d'Etaples
Grue portique : chantier naval

Un chantier naval réputé

Le chantier municipal de construction navale traditionnelle d’Etaples dont on aperçoit depuis le haut du phare du Touquet la grue portique de couleur jaune servant à l’élévation des bateaux à restaurer, maintient une activité économique sur le port. On y restaure et construit des unités traditionnelles en bois (flobarts, canots à clin...). On y façonne également des avirons, mâts, espars, poulies.


 

 

 

 



Réparation  des chalutiers sur le chantier naval d'Etaples
Restauration de chalutier

Le chantier naval peut se visiter sur rendez-vous. On y découvre les bâtiments, et les techniques de la construction navale. On y observe également, depuis l'ancien plancher de traçage, le "Charles de Foucauld", un chalutier étaplois, classé monument historique et restauré au sein même du chantier qui l'a vu naître dans les années soixante. Deux autres chalutiers sont aussi exposés dans l'enceinte. 

 

Atelier du chantier de construction navale traditionnelle, ex-chantier Leprêtre, du port d'Etaples
Atelier du chantier de construction navale traditionnelle, ex-chantier Leprêtre, du port d'Etaples

Le chantier de construction navale traditionnelle, ex-chantier Leprêtre, est notamment spécialisé dans la réalisation de bateaux à clin. Les "canotes," comme on les appelle à Etaples, sont des bateaux à fond plat dont les bardées se superposent. Ils sont typiques de la culture maritime de la baie de Canche et sont les héritiers des constructions nordiques, tel que le célèbre drakkar viking.

Canot à clin en cours de construction au chantier naval du port d'Etaples
Canot à clin en cours de construction au chantier naval du port d'Etaples

La construction des "canotes"

Ces embarcations très adaptées aux marées de faible coefficient permet- taient de remonter la pêche plus facilement lors des basses eaux. Elles ont également été les premiers engins de sauvetage collectif en baie de Canche, avant l'apparition du radeau rigide. Aujourd'hui, elles permettent de profiter d'une amplitude de marée beaucoup plus large, lors de la descente ou de la remontée de l'estuaire.