Les gardiens des premiers phares

Un métier de courage et d'astreintes

Dans un discours d’Edouard Champion au sujet des « phares du Touquet au siècle dernier » consigné dans un livret du même titre publié en 1935, de la page 13 à 15, on trouve les noms des gardiens de phare qui se sont succédés à la pointe du Touquet.  Quelques témoignages de leur vie « héroïque et simple » et de leur exceptionnel « sens du devoir » y figurent également et on y apprend que « le phare était à veille continue ». Edouard Champion relate en effet que « les deux gardiens assurent » pour chaque phare « la permanence de cette veille en se relayant à minuit. Le gardien auxiliaire les remplace pendant la veille correspondant à leur nuit de repos hebdomadaire et pendant les 21 jours de congés annuels ». Ces derniers, lorsqu’ils furent mis en place en 1909, en réponse à l’évolution de la législation du travail, choquèrent profondément le maître de phare de l’époque, tant il y avait peu de place pour le temps libre dans l’exercice de ce métier de surveillance constante et de contraintes réglées sur un rythme militaire. La suite de l’anecdote témoigne de la dévotion des maîtres de phare à leur fonction, dont seuls les gestes manuels, la vigilance, la discipline, l’assiduité et la réactivité lors des défaillances ou des incidents imprévisibles garantissaient la sécurité de la navigation. Edouard Champion ajoute que, à partir de 1922, date du raccordement des lampes électriques au réseau urbain, « en cas de panne de secteur », les gardiens avaient pour tâche de « mettre immédiatement en œuvre l’éclairage de secours réalisé à l’aide de deux lampes à deux mèches concentriques, alimentées au pétrole ». Enfin, le livret mentionne les innombrables « actes héroïques » de ces gardiens courageux rompus à toutes épreuves qui devaient faire face en toutes circonstances, avec leurs moyens et leur courage, aux incidents dus aux intempéries et aux sauvetages que leur fonction de surveillance maritime exigeait, à côté des travaux d'observation et de maintenance du matériel optique.

 

Carte postale : la vie se développe autour des phares
Carte postale : la vie se développe autour des phares

L'accueil des visiteurs

Une autre fonction des gardiens nous intéresse : celle de l’accueil des visiteurs et de la visite des phares qui se faisait dès les premières années de leur existence sur la pointe du Touquet. Les gardiens ont alors une fonction quelque peu pédagogique, au cours de laquelle ils transmettent aux visiteurs des informations sur le fonctionnement des phares et de la navigation dans le détroit et répondent à leurs questions. Ces visites sont cependant placées sous l’entière responsabilité des gardiens qui doivent respecter des consignes strictes de sécurité. Les visiteurs ne sont pas admis la nuit et, le jour, ils ne le sont qu’en dehors des horaires de service. Le nombre de visiteurs admis dans la chambre de la lanterne est limité à deux, tandis que l’appareil est totalement interdit au public.

Extrait du registre officiel des visiteurs des phares
Extrait du registre officiel des visiteurs des phares

Le registre des visiteurs

Les visiteurs ont l’obligation de signer un registre dans lequel ils doivent décliner leur identité, leur profession et leur domicile. La tradition voulait que les visiteurs écrivent un commentaire qu’ils illustraient parfois d’un dessin ou d’un croquis. Il est étonnant de constater que, un siècle et demi plus tard, cette tradition se poursuit aujourd’hui naturellement. Même si le registre que nous laissons à l’intention des visiteurs n’a plus ni la fonction ni le statut d’un registre officiel et que toute inscription est anonyme et sans consigne, les familles en très grande majorité continuent à livrer leurs impressions ou leurs remarques au fil des pages, dans la plus grande spontanéité. Quant aux dessins, ce sont aujourd’hui les enfants qui ont pris le relais, au grand plaisir de l’équipe d'accueil qui assure aujourd’hui l’ouverture du nouveau phare au public.

Observations météorologiques

En dehors des fonctions de veille, « ils font dans la soirée, à minuit et vers le matin, une observation de visibilité des feux avoisinants ainsi qu’une observation de l’état de l’atmosphère (pression barométrique et direction du vent). A 9 h, ils relèvent également les hauteurs d’eau tombées dans la précédente période de 24 h, ainsi que les maxima et minima thermométriques. Ces renseignements sont envoyés en début de chaque mois au Service Central des Phares ».