Des naufrages aux premiers phares

La pointe du Touquet, témoin de nombreuses tragédies

La pointe du Touquet, à l'embouchure de la Canche, zone de navigation dangereuse
La pointe du Touquet, à l'embouchure de la Canche, zone de navigation dangereuse

La pointe du Touquet, bête noire des navigateurs

La géographie du lieu avait marqué les esprits bien avant que des visionnaires ne vinssent occuper les lieux. La pointe du Touquet, "le tournant de la Canche" en dialecte picard, faisait parler d’elle depuis que le commerce par voie maritime vers l'Europe du Nord passait par le détroit. A proximité de la côte, cette route présentait bien des dangers et les naufrages rapportés par les historiens en sont la preuve.

 

Les premiers récits de naufrages en baie de Canche

Le 12 Novembre 1687, plusieurs bateaux pêcheurs d'Etaples sont engloutis à l’entrée de la Canche, six corps sont repêchés et inhumés à Etaples. En 1794, le navire “ La Jeune Georges ”  faisant route de Bordeaux à Hambourg se brise.  Sa cargaison est  vendue à   Etaples  aux enchères publiques. Un an plus tard, le 24 novembre 1795, “ le Salisbury ”, chargé de tabac de Maryland s’échoue. La vente de sa cargaison rapportera 8 millions 878 137 francs assignats. En 1807, deux fois de suite, par un gros temps, toute la côte fut couverte de débris.

Naufrages sur la plage du Touquet
Naufrages sur la plage du Touquet

Au XIX ème siècle, la liste des naufrages s’allonge

Le naufrage du “ Wales ” est sans doute l'un de ceux qui marqua le plus les esprits. Se rendant de Batavia à Hambourg avec un important chargement de riz et de café et un équipage de 18 hommes, il périt à l'embouchure de la Canche, emportant le capitaine et trois matelots. Suivra le plus émouvant des naufrages retracé dans la "Revue des Deux Mondes" de 1843, celui du “Conqueror”. Venu de Calcutta, le navire touche au terme de son voyage le 15 janvier 1843, lorsqu’il entre dans le détroit du Pas de Calais. Sa cargaison constituée de huit cents tonneaux contenant les plus riches produits d’Asie est perdue. Longtemps les esprits se souvinrent du son du canon d'alarme entendu malgré le bruit de la tempête. La population s’était portée à la pointe de Lornel et avait aperçu le navire déjà ensablé. Tous s’étaient efforcés d’établir des moyens de sauvetage mais la mer montante poussée par un violent vent d’ouest avait rendu vaines leurs tentatives.  Les récits relatent que chaque énorme  lame balayait un rang de naufragés jusqu’à l’ensevelissement complet du groupe dont un seul naufragé sera rejeté mourant sur la plage. On peut ajouter encore les naufrages du jour suivant qui engendrèrent la perte complète du trois-mâts russe “Le Bruke” et  du voilier “La Réance”. Ils donnent une idée de la cadence à laquelle les catastrophes s’enchaînaient.

 Les premiers phares du Touquet, tardive réaction aux nombreux naufrages

C’est donc à la suite de la longue série ininterrompue de sinistres que la construction de deux phares s’imposa et fut finalement décidée au Touquet en 1845.  Pourtant le constat des drames n'avait pas suffi.. Il fallut les protestations de l'Amirauté britannique, qui subissait particulièrement les conséquences de ces naufrages, pour que les choses bougent finalement du côté français et qu’une réponse soit enfin apportée à la demande britannique de sécurisation de la navigation dans le détroit.  Il fut donc décidé de construire de véritables phares sur la presqu'île du Touquet.

Le Socotra, dernier naufrage historique du Touquet

Epave du Socotra, visible encore aujourd'hui à marée basse
Epave du Socotra, visible encore aujourd'hui à marée basse


Le tragique destin du Socotra

Les restes de l’épave que l’on peut observer sur la plage du Touquet à marée basse, par gros coefficient de marée, au Sud-est de l’hôtel Novotel, sont ceux du Socotra échoué le 26 novembre 1915. Le cargot anglais affrété du port de Newcastle revenait d’Australie avec une cargaison de balles de laine, de cuirs, de vins et de céréales. On suppose aujourd’hui que les raisons de cet échouage tiennent aux risques pris pour serrer la côte et éviter les sous-marins qui patrouillaient dans la Manche, en cette période de guerre. Mais on sait aussi qu’ à cette époque, sur demande de l’amirauté britannique, le pouvoir éclairant des phares de Dieppe à Calais avait été réduit, en repassant de l’électricité au pétrole, par le remplacement des lampes à arc par des lampes à pétrole.

Un sauvetage impossible

Le Socotra n’avait pu être re- morqué, compte tenu de sa po- sition parallèle à la côte et avait fini par se briser en deux, sous les assauts de la tempête qui suivit trois jours plus tard. On mit tout en œuvre par la suite pour sauver la cargaison que l’on hissa dans des chalands à l’aide de grues et que l’on transporta jusqu’au port d’Etaples. Dès lors, un contre-la-montre s’engagea, car la cargaison s’avariait et pourrissait très vite. L’épave mit longtemps à disparaître, compte tenu des difficultés de sa localisation. On essaya de la détruire à coups de charges explosives à plusieurs reprises, mais ce sont finalement les Allemands durant la guerre qui, l’ayant prise pour cible d’entraînement, réussirent avec leur artillerie à en réduire le volume. Le travail ne sera achevé par les Français au moyen de charges explosives qu’en 1952.